Scotty Sadzoute s’épanouit dans le Béarn

Article paru dans La République des Pyrénées le 20/03/2020 – Ecrit par Gregory LETROT

Prêté par Lille cette saison au Pau FC, le latéral réunionnais Scotty Sadzoute s’épanouit dans le Béarn. Et refuse de se laisser démoraliser par l’interruption de la saison.

Le sac était prêt, les crampons lustrés. Pour Scotty Sadzoute, latéral polyvalent du Pau FC, le planning prévoyait une reprise de l’entraînement ce mercredi avec ses coéquipiers du Pau FC. La porte de son domicile à Bordes est finalement restée fermée. Elle va le rester encore plusieurs jours si ce n’est semaines.

Lundi soir, Scotty Sadzoute (21 ans) apprenait en même temps que toute la France, l’instauration d’une mesure de confinement pour une durée minimale de quinze jours pour faire face à la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus. Pour tous les Français, c’est un plongeon dans l’inconnu. Pour lui, cela se double d’un éloignement avec ses proches. Il est à 10 000 kilomètres des siens, ses parents et ses deux frères qui vivent toujours dans son île natale de La Réunion où les mêmes consignes s’appliquent.

“Je ne sors pas”

Par la force des choses, leurs quotidiens vont finir par se ressembler de nouveau. « Je sais qu’ils vont faire attention et se mettre en sécurité. Moi, je les rassure comme je peux.» En montrant l’exemple tout d’abord malgré ses impératifs de professionnel : « Je ne sors pas. J’ai de la chance, j’ai une maison avec un jardin : je peux prendre l’air. Je ferai des petits footings et puis je travaillerai à la maison avec mon matériel… »

Scotty Sadzoute donne l’impression de faire face sans angoisse. Question de caractère, probablement, dont il a éprouvé la force depuis quelques années déjà. Parce que s’il est là dans le Bearn, loin de sa famille, c’est qu’il osé, en 2013, «sauter la mer». L’expression créole désigne le grand saut d’un Réunionnais vers la métropole. Il n’avait que 15 ans, il était encore en seconde mais avait un rêve en tête : devenir footballeur professionnel. Il n’avait pas de contact, pas de proposition alors il a fait en sorte de se créer une opportunité.

De la métropole, Sadzoute ne connaissait pas grand chose sinon Estaires, ville du Nord où avec son club réuionnais de Piton Saint-Leu, il était venu à deux reprises pour disputer un tournoi à la Pentecôte. «Nous étions tous en famille d’accueil et ceux qui m’ont reçu étaient très gentils. Alors j’ai pris contact avec eux et demandé s’ils voudraient bien m’héberger pour que je puisse venir en métropole, tenter ma chance et essayer de percer», rembobine Scotty.

Un pari ambiteux pour celui qui n’avait été ni retenu au pôle espoir de l’île ni sélectionné pour aller passer les tests à l’INF Clairefontaine, traditionnelle fillière de détection. «Les dirigeants du pôle ne me voulaient pas. J’étais milieu gauche et trop petit, trop mince… Alors je suis parti de ma propre initiative. Au départ, mes parents ne voulaient pas que je parte. ‘’Tu ne vas pas faire ça, tu es trop jeune’’. Mais ils ont compris ce que ça représentait pour moi.» L’affaire l’a donc conduit à la JA Armentières. Un changement de vie brutal, tant dans le rythme que dans le cadre de vie.

Des coups de blues

«Au début, c’était dur. Disons qu’il faut être fort mentalement, il faut savoir pourquoi on part. Moi, je voulais réussir pour ma famille. Je me devais d’être fort pour eux. Mais j’ai eu des coups de blues, c’est sûr.» Au départ, il était encore loin du monde professionnel. Mais au fil des matches, il s’en est rapproché. «Un recruteur de Lens est venu et a donné ses coordonnés. Comme mon tuteur est pour Lille, il a temporisé et contacté le Losc… Deux semaines après, des représentants sont venus me voir. Sous leurs yeux, j’ai mis un triplé. J’ai été invité à faire un essai. Après deux entraînements, j’ai intégré en janvier 2014 le centre de formation.»

«BIELSA ME PARLAIT TOUT LE TEMPS,IL M’AIMAIT BIEN. IL ME DISAIT QUE J’ÉTAIS UN JOUEUR DE QUALITÉ, QUE JE POUVAIS RÉUSSIR.»

U17, U19, équipe réserve en N2, il a franchi tous les échelons avant d’être intégré aux entraînements du groupe professionnel, à l’époque de Marcelo Bielsa.

«Il me parlait tout le temps, il m’aimait bien.. Il me disait que j’étais un joueur de qualité, que je pouvais réussir. Avec lui, je jouais latérel, et en réserve milieu gauche. Bielsa aimait mon profil avec cette capacité de jouer aux deux postes. Après chaque match en réserve, le lundi j’avais vidéo avec lui, presqu’en tête à tête puisqu’il y avait son traducteur aussi. Il analysait mon match, me disait ce qui allait, ce que je devais améliorer. Ce qu’il pointait du doigt, c’était l’intensité de mes courses… Il regardait la qualité de mes centres, mes appels et les situations devant les buts. Au début, je crois que je ne me rendais pas compte. Mais avec lui, j’ai beaucoup appris.»

La preuve, l’Argentin a été démis de ses fonctions en novembre 2017 mais Sadzoute, lui, s’est vu offrir un contrat professionnel de trois ans en juin 2018.

«Donner et recevoir»

La première année, il n’a pas joué en Ligue 1. « J’ai fait quelques bancs : à chaque fois que je devais rentrer, il y a eu un blessé et un autre est entré…»

A l’été 2019, il a préféré redescendre de deux échelons plutôt que patienter hypothétiquement. «Je voulais du temps de jeu. J’avais besoin de ça plutôt que faire des bancs en L1 sans jouer sinon avec la réserve en National 2. En Ligue 2, j’aurais été second choix, ça ne m’interessait pas : je voulais avoir l’occasion de faire une saison pleine. Le National, c’est un championnat costaud.» Cap sur Pau donc avec enthousiasme. «Quand j’ai vu le groupe, le contenu des premiers matches amicaux, j’étais persuadé qu’il y aurait un truc à faire.»

Ses débuts ont été délicats : carton rouge lors de la première journée contre Cholet et trois matches de suspension. Mais ensuite, il a trouvé ses repères. «Je me sens bien dans cette équipe. Je suis là pour donner et recevoir. J’ai du respect pour les anciens qui me guident bien : Alassane (Diaby), Mamade (Kamissoko), Name…», dit-il. Et il a sa part dans l’excellente saison du Pau FC, stoppée net par le coronavirus.

La suite ? Elle dépendra de l’évolution de la crise sanitaire. Les rêves de montée sont entre paranthèses et tout se dessine avec un point d’interrogation. «Je ne sais pas encore ce qui va se passer mais ça ne me stresse pas. J’ai des bons retours de Lille où j’ai encore un an de contrat. Des représentants sont venus me voir quand on a joué à Boulogne. On verra…»

Dans tous les cas, il se sera donné les moyens d’être prêt : le sens de la préparation à laquelle il va s’atteler derrière la porte de sa maison de Bordes. C’est aussi l’histoire de sa vie : Scotty Sadzoute a appris à se concentrer sur ce qu’il peut maîtriser. Et jusqu’ici, l’histoire lui a souri.

GRÉGORYLETORT

 

2 Commentaires

  • Publié le 9 mai 2020 3 h 46 0Likes
    par pédro FLORES

    Merci pour le Prêt A Lille,un Joueur sympas et généreux sur le terrain,je lui fait un coucou Amical

  • Publié le 9 mai 2020 3 h 54 0Likes
    par pédro FLORES

    Merci a Carine Pétriat pour le sympathique article spécial Scotty Zadzoute,ne pas le rendre il s’adapte bien au Pau FC.

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